Difficultés scolaires et confiance en soi : quand un enfant dit « Je suis nul »

Le regard du Zèbre

Il y a des phrases qui restent.

Des phrases que l’on entend parfois au détour d’un exercice, d’un devoir ou d’une séance.

Des phrases qui paraissent simples.

Et pourtant…

Certaines me touchent toujours autant.

Parmi elles, il y a celle-ci :

« Je suis nul. »

Cette phrase, je l’ai entendue bien avant de devenir orthopédagogue.

Lorsque j’étais professeure des écoles, elle revenait déjà régulièrement dans la bouche de certains élèves.

À l’époque, elle me questionnait profondément.

Parce que derrière ces trois mots, je ne voyais pas un enfant qui manquait de capacités.

Je voyais souvent un enfant qui avait fini par confondre ses difficultés avec sa valeur.

Un enfant qui pensait être devenu son problème.

Et aujourd’hui encore, en cabinet, cette phrase continue de résonner de la même manière.

Ce qui me frappe, c’est que les enfants qui la prononcent sont rarement ceux qui ne font rien.

Bien au contraire.

Ce sont souvent des enfants qui essaient.

Qui travaillent.

Qui cherchent.

Qui recommencent.

Qui font beaucoup plus d’efforts que ne le laissent penser leurs résultats.

Mais à force de rencontrer des obstacles, ils finissent parfois par conclure :

« Si je n’y arrive pas malgré tous mes efforts, c’est que je suis nul. »

Je crois que c’est aussi l’une des raisons qui m’ont conduite vers l’orthopédagogie.

En tant qu’enseignante, j’observais des enfants qui travaillaient mais qui perdaient peu à peu confiance en eux.

J’avais envie d’aller plus loin.

De comprendre ce qui se jouait derrière les erreurs.

D’aider les enfants à comprendre leur propre fonctionnement.

De leur montrer que leurs difficultés ne disent rien de leur intelligence ni de leur valeur.

Alors en séance, nous faisons parfois une pause.

Nous mettons de côté l’exercice.

Nous mettons de côté la performance.

Et nous essayons de regarder autrement.

Parce qu’un enfant n’est pas nul.

Il peut être fatigué.

Découragé.

Perdu.

Mal outillé.

En difficulté.

Mais il n’est jamais réduit à ses résultats scolaires.

Mon travail ne consiste pas seulement à aider les enfants à apprendre.

Il consiste aussi à les aider à changer la façon dont ils regardent leurs apprentissages.

À comprendre que :

  • ne pas réussir immédiatement n’est pas un échec ;
  • avoir besoin d’une stratégie n’est pas une faiblesse ;
  • apprendre prend du temps ;
  • chacun avance à son rythme.

Parfois, derrière un simple :

« Je suis nul. »

se cache surtout une autre question :

« Est-ce que je suis capable d’y arriver ? »

Et cette question mérite toujours d’être entendue.

Derrière chaque difficulté scolaire, il y a avant tout un enfant.

Un enfant qui apprend.

Un enfant qui cherche.

Un enfant qui doute parfois.

Et qui a besoin, avant tout, qu’on l’aide à voir ses difficultés comme une étape de son chemin… et non comme une définition de ce qu’il est.

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